Franc CFA : avantages à court terme, ajustements à long terme

March 18, 2017


Par Alain Nkontchou

Afrique Méditerranée Business

Alors que l’économie mondiale se remet peu à peu de la crise financière de 2008, la plupart des pays africains doivent faire face à l’épreuve posée par la baisse du prix des matières premières, dévoilant ainsi leur dépendance chronique aux ressources primaires. Le choc des termes de l’échange qui s’ensuit, bien entendu plus intense pour les producteurs de pétrole, a entraîné un ralentissement global de la croissance, et, dans certains cas, une recession assez prononcée comme au Nigeria.

Dans un contexte où la plupart des États font face à des balances
de paiement qui se détériorent rapidement, à des monnaies sous pression et à une inflation en hausse, la zone CFA semble se porter relativement mieux. Sa monnaie fixée à l’euro l’immunise de la nécessité d’ajustement de parité de change qu’un choc du prix des matières premières impose en général. De plus, certains pays clefs de la zone, tells que le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, ont des économies assez diversifiées, donc moins dépendantes du pétrole et des autres ressources naturelles pour leurs recettes, en comparaison avec d’autres, surtout au sein de la Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (Cemac).

La conjoncture démontre l’intérêt que représente la zone CFA, à savoir un taux d’inflation relativement bas et une absence de volatilité du taux de change de la monnaie. Cependant, cet avantage a un prix, matérialisé par une croissance constamment en dessous du potentiel de ces pays.

Ces derniers font en effet face au principe de la « trinité impossible » selon lequel, dans un régime de taux de change fixe, il ne peut y avoir de libre circulation de capitaux ni de politique monétaire indépendante. Cette dernière devient inopérante car les banques centrales ne peuvent pas utiliser de manière effective les taux d’intérêt pour agir sur l’inflation, ni réguler les cycles économiques. L’action sur le plan budgétaire et fiscal devient, de fait, le principal levier d’ajustement et cela, avec ses défauts induits.
Par exemple, la politique fiscale opère généralement avec un temps de retard, ce qui n’est pas idéal pour résoudre des problèmes liés à des cycles économiques parfois courts et volatils. Enfin, le contrôle de change a tendance à réduire le commerce et l’afflux d’investissements étrangers. Autant de points qui limitent l’ampleur de la croissance.

Pour résumer, le régime de taux de change fixe a certainement des avantages à court terme pour la zone CFA, compte tenu de la dépendance excessive de nombreux États aux recettes provenant des ressources naturelles et de leur faible exportation de produits manufacturiers. Mais, l’inconvénient d’un tel système est la persistence d’une croissance en dessous du niveau auquel les pays pourraient prétendre, et ce, en raison de l’incapacité des économies à accroître pleinement la productivité du travail et du capital.

Afin de résoudre cette problématique dans le futur, les États devront façonner un modèle d’expansion qui visera à améliorer substantiellement cette productivité. Cette démarche devrait être caractérisée par un processus gradual de libéralisation de la parité de change, d’indépendance de la politique monétaire et, surtout, de mise en oeuvre d’une politique fiscal et budgétaire rigoureuse, circonscrite dans un cadre institutionnel clair.

En ce qui concerne les pays de la zone dont les revenus sont fortement tributaries du prix de l’or noir, de sérieuses mesures de restrictions budgétaires doivent être mises en place. En effet, une hausse non contrôlée de leur dette pourrait porter atteinte à leur solvabilité et, éventuellement, entraîner un ajustement de la parité de change, très dommageable